Pour son premier roman, Virgile Durand dresse une série de portraits, une succession de tranches de vie, à travers lesquels on découvre comment se créent des traumatismes, comment l'héritage familial peut être lourd de conséquences et comment il est difficile de s'en débarrasser...
Un livre qui propose sans jamais imposer de jugement. A l'occasion de sa venue en magasin, nous avons souhaité en savoir plus sur l'univers de son roman. Rencontre.
Quel a été le moteur de l'écriture de Ces gens-là ?
L'origine et le moteur de l'écriture a été une prise de conscience. J'ai raconté différentes anecdotes familiales et d'amis proches à ma femme. La discussion m'a permis de comprendre un schéma de transmission et la présence d'une inéluctable logique des comportements. En un quart d'heure, j'ai décidé d'écrire cette histoire.
Afin d'entrer dans l'univers de votre roman et d'explorer quelques-unes de ses multiples facettes, je vous propose de réagir aux 7 mots suivants :
Légende
J'utilise cette forme (on peut appeler cela légende, conte ou mythe) à deux endroits dans le roman. D'abord, au tout début, pour l'histoire du dragon de Grantfallen puis vers la fin, pour celle de Justine la bergère. Cela me permet de parler au lecteur d'une manière différente de celle de la narration classique du roman ou des passages dialogués. J'accède par ces deux histoires au symbole.
Avec des images et un éloignement (on n'est plus dans une forme de réalisme qui caractérise le reste du texte), je fais passer une atmosphère, un cadre qui correspond à mes personnages. Il s'agit presque de détourner l'attention du lecteur, ou, dit autrement, de lui raconter la même histoire mais d'une manière différente.
Théâtre
Je suis moi-même comédien et metteur en scène. Il y a un aspect "visuel" et "parlé" non négligeable dans Ces gens-là. On le voit par exemple dans les monologues (ceux de Louise quand elle raconte ses aventures ou de l'oncle de Jacques qui expose l'histoire de la famille).
Filiation
Je pense qu'il n'y a pas d'éducation sans transmission de petits ou de grands traumatismes... j'ai une fille de six mois, je fais de mon mieux !
En tant qu'individu, il est nécessaire de faire le ménage dans l'héritage filial. C'est difficile mais indispensable. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'on peut revendiquer une filiation, qu'elle soit héréditaire, artistique ou politique. Il faut assumer sa propre manière de penser et non se cacher derrière une personne ou un mouvement.
Désir
Le désir traverse le roman. Certains personnages héritent d'un rapport difficile à la sensualité, comme si le désir d'un autre devait leur faire peur. Néanmoins, le désir n'est pas effacé. Il s'exprime tout de même par des chemins parfois détournés. Je pense par exemple à
la petite Manon qui raffole des petits animaux et qui se réapproprie sa sensualité de cette manière.
Enfance
On aborde la plupart des personnages dès l'enfance. C'est la période à laquelle ils "absorbent" ce que l'entourage (généralement les parents) leur donne. Dans le roman, les adultes se débattent avec un héritage difficile. Comme s'il en allait de leur survie, il s'en "débarrasse" inconsciemment sur leur progéniture.
Les enfants ont une sorte de générosité dans l'acceptation qui dépasse l'entendement de leurs parents.
Fragilité
C'est une caractéristique partagée par tous les personnages et qui les rend particulièrement réceptifs aux circonstances. Je n'ai pas créé de personnages solides. Ca ne m'intéresse pas. De toute manière, un individu n'est pas solide.
Il peut en donner l'apparence mais c'est une illusion. Quand on commence à toucher l'essentiel, tout le monde est fragile. L'essentiel, ici, c'est le rapport à l'hérédité et à la sexualité.
Empathie
Je n'aime pas accabler les personnages. Peut-être parce que, jusqu'à un certain point, je suis en empathie avec eux.
Quel est le premier livre dont vous gardez le souvenir ?
Madame Bovary, de Flaubert. Un prof de français nous avait demandé de le lire.
Celui que vous auriez aimé écrire ?
Le meilleur des mondes d'Huxley ou
1984 d'Orwell.
Quels sont vos projets théâtraux et littéraires ?
Mon prochain roman,
Plagiat, est déjà écrit. Je travaille actuellement sur une version théâtrale de
Ces gens-là qui sera présentée à l'Escale du livre en avril 2009 (le salon du livre de Bordeaux qui s'accompagne de lectures et de créations théâtrales).
Entretien réalisé par Sandrine, libraire Bellecour